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    Un de mes "topics" est la spiritualité.  Je donne ma lecture du livre de Annick de Souzenelle "le Baiser de Dieu" dans mes articles, sous le libellé "le Baiser de Dieu".




     Ici, je reproduis un texte de Annick de Souzenelle où elle s'exprime sur son livre.




    Le souffle de l'hébreu



    Au long de décennies passées à interroger le texte biblique et les mystères de sa langue, Annick de Souzenelle a construit une lecture originale et vivante de la tradition hébraïque.




    Tout se fonde, dans le travail d'Annick de Souzenelle, sur une lecture pas à pas du texte hébraïque de la Genèse, à travers ses non-dits, ses allusions que seul peut comprendre celui ou celle qui a répudié les promesses illusoires de la traduction : les deux tomes volumineux d'Alliance de feu, réédités récemment, sont le fruit de ce patient cheminement.




    Partant d'une intuition profonde de la spiritualité chrétienne originelle, Annick de Souzenelle dégage ce patrimoine universel de sa gangue moralisatrice pour en restituer la vitalité enthousiasmante.

    Mettant à portée de tout un chacun la richesse infinie du texte sacré, elle nous donne ainsi à contempler l'amour divin derrière ces mots qu'un « exil existentiel » nous fait parfois lire comme terribles.


    Cette démarche, ces « trouvailles » ont réconcilié un large public avec la fréquentation du patrimoine biblique qui, qu'on le veuille ou non, demeure l'un des piliers de la civilisation occidentale : elle en a également débattu passionnément avec Frédéric Lenoir dans L'Alliance oubliée


    De la matière de ses commentaires, elle extrait aujourd'hui la quintessence du « message» qu'elle décline selon des thématiques intemporelles : l'exil de Dieu, la liberté, la connaissance, le désir, le mal et la mort, et la renaissance.


    Présentation par Annick de Souzenelle.





    AUTANT DE SUJETS QUI SONT AU CŒUR DE TOUT SAVOIR SPIRITUEL AUTHENTIQUE.



    « Le baiser de Dieu : Ou l'Alliance retrouvée » sera considéré par certains comme un ouvrage de maturité, où les intuitions essentielles se conjoignent, sans esprit de système mais avec une belle harmonie.

    « La Torah est un baiser de Dieu ! », proclame-t-elle : par une attention amoureuse à la richesse du verbe hébraïque, elle en restitue tout le souffle.


    Le baiser de Dieu ou l'Alliance retrouvée

     

     



     




    - INTRODUCTION -

     

    La Torah est un baiser de Dieu !
    De Dieu « Moïse la reçut bouche à bouche », Verbe à verbe ; elle est le Verbe.

    Les « petites lettres d'en bas » qui écrivent le Livre sont lourdes des « grandes lettres d'en haut », leur source, mais aussi leur devenir si nous savons les recon­duire à l'origine.
    Car c'est à l'Homme qu'il revient d'œuvrer à ces noces que le baiser promettait.
    Chaque lettre danse le Verbe qu'elle est ; chaque mot chante le message qu'il délivre si nous nous offrons à lui.

    Cette appréhension de la Torah nous est bien étran­gère, à nous Occidentaux, qui scrutons les textes en manipulant des mots figés comme objets de discours ; entre nos mains, ils deviennent des outils de pensée alors qu'ils en sont les maîtres.
    En vérité, le mot vient vers nous, comme une icône ; il scrute nos coeurs et les appelle à l'ouverture sur un univers infini.
    De cet uni­vers les lettres sont les vibrations, car l'intériorité de l'Homme et la Torah sont sculptées du même ciseau, celui de la voix divine que « voyaient » les Hébreux au pied du Sinaï lorsque Dieu parlait à Moïse.

    La Torah n'est écrite que de consonnes, le Verbe ; leur musique est une voyellisation non écrite, un souf­fle, l'Esprit.
    L'Esprit est une onde qui voyage à l'in­fini, qu'on ne peut saisir, mais qui saisit les lettres dans une ronde ; et la ronde nous encercle à son tour et fait valser toutes nos certitudes ; elle fait se retour­ner, s'éloigner puis se rassembler les mots qui, sou­dain, prennent une couleur, un sens, mais un sens toujours ouvert sur d'autres horizons.

    L'hébreu, plus que toute langue, est propre à chan­ter les récits mythiques qui rendent compte de l'inté­riorité de l'Homme.
    Cette intériorité resterait muette si le mythe ne l'exprimait pas.

    « Muet » et « mythe » sont liés par la racine de base mu qui rend compte de l'indicible, du mystère.
    Der­rière les mots du mythe, en quelque sorte, l'essentiel se tait mais s'inscrit dans un présent rigoureux.
    Le mythe se sert des matériaux de langage de l'Homme extérieur pour parler de l'Homme intérieur.
    Mais si nos yeux d'Homme en exil de lui-même figent ces matériaux dans leur seule dimension horizontale, il est bien cer­tain qu'ils ne rendront aucunement compte de leurs messages.

    C'est ainsi que le mot Bereshit qui ouvre la Torah et dont la Tradition juive assure qu'il la contient tout entière, ce mot est massacré et la Torah l'est aussi s'il est traduit par « au commencement » ; ce « commen­cement », je l'ai souvent dit mais tiens à le répéter, introduit les temps historiques, nos temps d'exil, il y a des milliards d'années, et il nous concerne alors bien peu !
    Si nous le traduisons par « dans le Principe », ce Principe est présent en nous ; il est le Noyau fonda­teur de l'être de l'Adam — l'humanité ; nous sommes alors saisis par ce Principe dans notre être le plus pro­fond, dans notre « chair », Bassar, que « Dieu scelle dans les profondeurs de l'autre côté de l'Adam », son côté encore inaccompli, notre côté encore inconnu.

    Bassar, que l'on peut aussi traduire par « dans le prince », contracte en un ballet nouveau le mot Bereshit, «dans le Principe» ; prononcé Bosser, il est alors le verbe « informer » : ce Noyau fondateur est Semence de notre être.
    Semence qui contient la totale information de notre devenir.
    Comme le gland conduit au chêne, ce Bereshit nous conduit à la totalité de nous-mêmes, dont nous n'avons encore aucune idée !
    Mais, si nous savons l'entendre, notre véritable His­toire commence : celle qui court en amont de l'exil et qui reste d'une brûlante actualité ; bien que brisée par l'Homme coupé de sa Source, elle continue en effet d'être tissée par les mains divines en sous-jacence de notre malheureuse histoire ; car, du même fil écarlate qui tissait l'histoire d'Israël, l'oeuvre divino-humaine se poursuit.

    Cela veut dire que cette « malheureuse histoire » de l'Homme extérieur a aussi sa dimension mythique, et qu'il est de première importance d'apprendre enfin à lire les événements de notre vie personnelle ou collec­tive sur un autre registre que celui de l'existentiel ; l'his­toire devient alors signifiante de l'évolution de l'Homme intérieur à partir de sa Semence : histoire dra­matique lorsque cette Semence est stérilisée et sa dyna­mique stoppée, figée, oubliée au cœur de l'Homme, mais histoire qui peut être somptueuse une fois rac­cordée à sa Source d'où s'accomplira le devenir de l'Homme.
    Ces deux thèmes font l'objet de ce livre.

    Je suis frappée, par exemple, par le problème capital que posent aujourd'hui pour les pays d'Occident l'im­migration des peuples étrangers et leur intégration à ces « terres d'accueil ».
    Nous verrons, au cours de cet ouvrage, que cette question objective l'incapacité que nous avons à intégrer en chacun de nous l'«étranger».

    Sur un plan biologique, cet étranger est le « non-soi » (microbe, virus, champignon, etc.).
    Nous en avons une peur si obsessionnelle que nous nous en protégeons en multipliant les mesures d'asepsie et de stérilisation qui à la limite sont la mort.
    Quant à notre médecine, elle ne sait « traiter » cet étranger organique qu'en le tuant par voie extérieure et en détruisant bien souvent avec lui le milieu environnant, au lieu de renforcer le système immunitaire qui, lui, se chargerait d'intégrer au « soi » le « non-soi » ; le « soi » est en effet capable de se reconnaî­tre porteur du « non-soi» et donc de pouvoir l'assimiler.

    Sur un plan sociopolitique, cet étranger est l'homme d'une autre culture, voire d'un autre peuple, et il inspire à certains une peur tout aussi intense.
    Nous utilisons à son propos un double langage : celui des discours de surface qui se veulent accueillants au nom de la démocratie ; celui des lois, parfois inhumai­nes, souvent contradictoires, prouvant notre désarroi et notre ignorance de ce que l'humanité est une, et que l'autre est en chacun de nous.
    Nous verrons ainsi que le mot hébreu R'a, traduit habituellement par le « mal », alors qu'il est l'« inaccompli », l'inconscient, s'il est prononcé Ré'a est le « prochain ».
    «Aime ton prochain parce qu'il est toi-même, comme étant toi-même », pourrions-nous entendre.
    Ne devrions-nous pas alors renforcer notre « pouvoir immunitaire » en apprenant à aimer...

    Ces deux états de fait, qui relèvent à mon avis d'une même cause, n'introduisent en rien dans mon esprit une confusion entre leurs parties homologues, à savoir le non-soi en microbiologie et l'étranger dans le regis­tre politique ; mais tous deux ont pour similitude leurs rapports respectifs l'un au corps biologique, l'autre au corps social.

    D'autre part, si nous nous penchons sur un mythe, le mythe biblique de Noé par exemple, il nous donne à voir que l'humanité, le collectif en situation d'exil, se débat et se noie dans ce que symbolise le Déluge — inconscience, violences, destructions, tragédies..., qui stérilisent la Semence et mènent l'Homme à la mort.
    Au cœur de ce drame, le patriarche Noé, homme juste, entend la voix divine et s'extrait du Déluge, que nous verrons être pour lui « matrice d'eau » et non plus tom­beau, afin de construire son « arche », la Tébah en hébreu ; proche du nom de Thèbes, ville sainte chez les Grecs, la Tébah est le nouvel espace intérieur du patriarche, qui sera pour lui « matrice de feu » ; en elle il s'accomplira et deviendra le fruit promis de sa Semence, le fruit de l'Arbre de la Connaissance.
    Ce fruit, symbolisé en ce mythe par celui de la vigne, fait de Noé un homme ivre et nu : ivresse, jubilation de la connaissance acquise par le travail accompli dans l'arche ; et nudité, dépouillement des savoirs que le monde lui a fait revêtir.
    Il s'avance alors vers sa « ten­te », 'Ohel en hébreu, où il rencontrera son 'Elohim — sans doute symbolise-t-elle une ultime matrice, celle du « crâne ».
    La dynamique de croissance de la Semence implique la présence de ces trois matrices en notre corps ; le chapitre final de ce livre le dira.

    Dans la tente Noé, devenu Gloire d'Elohim, res­plendit et diffuse une lumière insoutenable aux yeux de ceux qui n'ont pas atteint à cette qualité d'être.
    Deux de ses fils, Shem et Yaphet, le suivent ; ils mar­chent à reculons en revoilant leur père.
    Mais Ham, le troisième fils, regarde à l'intérieur de la tente où Noé a pénétré ; il voit et, certain de ce qu'il a vu, il va le raconter à ses frères à l'extérieur.

    Il y aura toujours dans le monde ces deux démar­ches de connaissance.
    Celle de Ham, le voyeur, dont le nom signifie la « chaleur », la « puissance », et qui forge ses concepts, les érige en certitudes qui devien­nent idoles et objets de puissance ; son interprétation du mystère est pour lui vérité et celle-ci, ramenée au niveau des valeurs de l'exil, construit un dogmatisme stérilisant.
    Celle de Shem, le « Nom », et de Yaphet, l'« étendue de beauté », qui, eux, savent qu'ils ne savent pas, est apophatique, car c'est par une voie négative — à reculons — qu'ils atteignent à une vérité dont ils savent qu'elle en cache une autre, plus proche de la vérité ultime, cachée, incluse dans le mystère de la tente ; aussi ils cherchent, interrogent, contemplent dans une quête amoureuse portée en eux-mêmes : ils se verticalisent.

    Juifs et chrétiens sont un dans le Saint Nom, le Shem.
    En lui leurs mystiques embrassent les différents niveaux du Réel dont je parlerai et qui, déployés à la verticale de l'être, sont « beauté », Yaphet— une beauté cachant l'autre, jusqu'à l'ultime splendeur qui les contient toutes.

    Nos frères juifs sont gardiens de la Torah, le Verbe ; s'ils avaient reconnu le Christ, ils se seraient hellénisés et auraient perdu l'hébreu, la langue du Verbe.

    Peut-être seraient-ils devenus des Ham.
    Les chré­tiens ont reconnu le Verbe dans la Personne du Christ ; ils ont perdu l'hébreu.
    Beaucoup sont deve­nus des Ham.

    La Torah, en ce qui est compris d'elle, est objet d'exclusive propriété et devenue idole pour nombre de juifs.
    Pour nombre de chrétiens, c'est la Personne historique du Christ qu'ils vivent ainsi, n'entendant pas ce à quoi elle les renvoie en eux-mêmes.

    «Annick nous a volé la Torah», fut-il dit un jour à l'un de mes amis par un écrivain juif.
    Et, plus tard, par une auditrice israélienne : «Annick, tu nous as volé notre langue !»
    La « voleuse » ne fut pas moins surprise de lire tout récemment, dans un ouvrage écrit par un prêtre chrétien de haute fonction : « On nous demande aujourd'hui d'établir un dialogue (avec les autres traditions), mais comment agir sans faire de prosélytisme puisque nous avons la vérité ? »

    Confiant à un journaliste chrétien cette anecdote et la profonde tristesse que j'en avais, cet homme, étonné de ma réaction et voulant sans doute justifier le prêtre, me dit : 
    « Mais, Annick, les chrétiens ont le Christ.
    - Pardon, lui dis-je, ils ont le Christ ? »

    Perplexe, le journaliste referma son cahier de notes et me quitta.

    Le Christ et la Torah, réduits aux normes de l'avoir, sont livrés aux mains du séparateur, le dia­bolos, qui nous fait jouer les Ham en proie à des rap­ports de force si destructeurs.

    Vécus au niveau de l'être par chacun des mystiques de ces deux traditions, le Christ et la Torah amène­ront juifs et chrétiens à plonger au cœur d'eux-mêmes où le Saint Nom les attend dans un espace infini où le temps n'est plus.
    Un en « Je Suis », YHWH, ils savent, pour les premiers que la Torah se danse et se chante sur soixante-dix octaves dont chacune s'efface devant la plus grande profondeur de l'autre ; pour les seconds, que la Personne historique du Christ se retire pour que « l'Esprit-Saint vienne qui leur enseignera toute chose » et les introduira peu a peu dans les soixante-dix « vergers » du Pardès ; soixante-dix contractés en quatre niveaux selon les quatre lettres du Pardès, dont le dernier, le Sod, est le « secret ».
    Dans le secret qui, au départ, est la Semence divine, un seul arbre grandit, dont le fruit est le Shem, YHWH.

    Le Rabbi Dov Baer, un grand saint du XVIIIe siècle, hassid bien connu sous le nom du Maggid de Meze-ritz, dit ceci :
    « Noé et les patriarches ont eu la révélation de la Torah dans son essence, dans sa nudité, sans la robe de la loi dans laquelle elle se présente et s'adapte au monde et qui, pour cette raison, la rend changeante et relative.
    Au temps de Noé et des patriarches, l'essence de la Torah était encore toute nue ; elle n'était point encore habillée dans les vêtements du monde ; elle ne portait pas encore une robe de juge et n'était pas munie du bâton du gendarme.

    Les lois de Moïse forment la gaine protectrice de la Torah dont la lumière originelle est trop forte pour le monde ; elle risque de l'aveugler et de le brûler.

    Mais la Tradition nous apprend qu'aux temps messianiques, le Saint-Béni-Soit-Il sortira le Soleil de sa gaine, c'est-à-dire que la lumière de la Torah bril­lera de tout son éclat, qu'on pourra la percevoir dans son essence (...) sans revêtements pour le monde et la société, c'est-à-dire sans les lois de Moïse qui sont nécessaires actuellement car sans elles le monde ne pourrait supporter l'éclat naturel de la Torah, qui est trop fort pour la plupart des esprits.»

    Mais les temps messianiques approchent.
    Nous avons à les préparer, nous, juifs et chrétiens, ensemble, sans exclure bien sûr tous les amoureux de l'Innom­mable sur terre.
    Aujourd'hui, les valeurs du monde montées sur le bateau des certitudes font naufrage, tandis que surgissent de nos profondeurs inaliénables celles de la Révélation.

    Elles ont une saveur de sel, du sel dont le feu ne se dissout plus dans l'eau mais l'embrase ; il embrase l'eau de l'inconscience du monde et brûle ses vête­ments protecteurs.
    Car le Verbe inclus dans la Torah est en train d'accomplir de son feu la dernière part de l'arc-en-ciel qui relie le ciel à la terre.
    L'arc-en-ciel établi par Dieu avec Noé est signe de l'Alliance oubliée des hommes mais que Dieu, se sou­venant d'elle, confirme et rend tangible au cœur de leur exil.
    Cet arc, comme le fil écarlate, trace l'his­toire des hommes dont nous semblons vivre aujour­d'hui la fin d'un temps ; nous vivons une dernière part du signe de l'Alliance avant que le signe s'efface devant l'Alliance recouvrée.

    A cette étape actuelle du tracé, nos frères musul­mans ont eux aussi à intervenir, car de leur père fon­dateur, Ismaël, Dieu dit : « II sera tireur d'arc », Rovéh Qeshet, qualité dont use la ruse divine pour dire d'Ismaël qu'il sera Rov HaQeshet, « maître de l'arc (-en-ciel) », artisan majeur de son redressement en l'Alliance fondatrice.
    Artisans de l'Alliance, nos frères musulmans nous obligent à nous réaffirmer, nous, juifs et chrétiens, face au vide de la modernité ; vide qui, s'il était vraiment vide, appellerait la grâce, mais il grouille d'idoles aliénantes !

    En ce vide mutilé pénètre aujourd'hui le Saint Nom qui, de l'Epée à deux tranchants, de l'Epée flam­boyante qu'il est, tue les idoles et invite l'Homme à recouvrer ses normes premières.
    Elle le conduit à se souvenir qu'il est le signifiant de Dieu par le Verbe, et que le mot est signifiant du Verbe.

    « II est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu. 
    Car le mot c'est le Verbe, et le Verbe, c'est Dieu. »

    Victor Hugo, Les Contemplations.

    © Annick de Souzenelle




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  • Le mal, la souffrance et la mort.
    Partie 3 -La mort.



    Avec la mystique juive, contemplons l'une des lumières qui éclairent le nom d'Adam.

    Adam est "Elohim" (la lettre aleph) dans le sang, et la présence divine dans le sang (dam) fait battre le coeur de l'homme. La vérité est celle que Dieu fait battre dans le coeur d'un mort, un coeur subtil, peut-être le centre du corps-énergie que décrit la médecine chinoise? Selon ces traditions, le mort n'est pas mort. Pour l'Hébreu, la vérité se définit par ce à quoi on accède en mourant à une dimension de vie pour entrer dans une autre, plus subtile, mais non moins réelle, jusqu'au réel ultime de dieu. La racine Hébraique de Mout (traduit généralement par le verbe mourir) en y attachant le sens courant de fin de vie avec son cortège de hideurs, a une toute autre signification. Si nous lui gardions ce sens, de nombreux versets biblique nous feraient frémir ("précieuse est aux yeux du Seigneur est la mort de ses "miséricordieux"). Nous avons à recouvrer notre regard ontologique pour lire en cette racine celle du verbe muter.
    Il implique la mort, mais celle-ci n'est que la première phase d'une dynamique de vie dont la deuxième est ressusciter, naître à un autre niveau d'être.
    Concernant l'arbre de la connaissance, Dieu dit: "Dans le jour où tu mangeras de lui, parce que tu es mutant, tu muteras". Ce fruit Divin ne peut être assimilé que par celui qui, ayant assimilé les mutations sera devenu feu, sinon et pour ne pas être brûlé, il mutera en régression ce qui est protection et non punition. Le Dieu Biblique n'est ni dictateur ni punisseur, il est un amoureux éclairant l'homme dans la connaissance des lois dans le respect desquelles sa liberté s'accomplira. Participant de cette régression, nous projetons sur Dieu le juridisme de nos lois de l'exil et nous le revêtons d'un autoritarisme où la mort devient un châtiment, une plaie noire. Le regard que nous portons sur elle en est faussé. Régressé au même rang que les animaux de la terre, Adam est revêtu d'une peau animale. Son corps biologique le protège d'un corps énergétique qu'il ne peut plus assumer et le fait participer du cosmos extérieur dans lequel il est projeté, voire exilé! Parlant de ceux qui se donnent la mort, un écrivain chrétien a écrit: "Trois facteurs souvent entremêlés me semblent expliquer l'intrusion en eux des ténèbres: l'absence de sens, la pulsion de mort et le narcissisme". Notre situation d'exil qui fait de nous des divorcés de la vie et explique cette infirmité que nous avons à vivre:
              - L'absurdité apparente de l'existence venant de la surdité acquise dans l'oubli du Verbe fondateur de l''être.
              - Le repli sur un ego solitaire, individualiste, autant idolâtré que détesté.
              - Les désécurisations forcées auxquelles aujourd'hui aucun abandon conscient ne préside, aucune certitude de resécurisation conquise sous d'autres lois ne vient donner sens.
              - L'absence totale de fil conducteur tissant une cohérence sociale et reconduisant à un Orient.
    Tout cela fait du maître de ce monde un tueur. Nous n'avons pas à juger, seulement un effroi sacré, et la compassion, la prière pour ce monde, pour qui la vie est si banalisée que la mort et la meurtre le sont aussi.
    Dans le mystère si poignant de la mort, le mythe du Déluge et la description des morts qui en est faite, que ce cataclysme déchaîne, est très éclairante et pourtant aucun exégète n'en parle. Un nouveau verbe hébreu le "dit" , le verbe "Gawo'a" qu'on peut traduire ici par rendre le souffle, c'est à dire "rendre compte du souffle de vie qui est donné à l'homme", de la qualité d'âme vivante qu'il a reçue de Dieu pour accomplir son potentiel d'énergies. Les trois patriarches d'Israêl "rendent le souffle" et mutent". Cette étape de vie, au moment de la mort, est présente dans toutes les traditions. Le Shalom, la "paix" a pour finalité payer sa dette. Le Christ dit aux siens: " je vous enlève la paix, je vous donne ma paix". "Toute chair rend le souffle. tout ce qui est esprit, souffle de vie dans ses narines, et tout ce qui est "dans l'Epée" mute." Mais on peut penser que celui qui ne peut répondre des talents qui lui ont été confiés, de la gloire de Dieu qu'il avait à devenir, bref de son entrée dans la dynamique de l'Epée, celui-là ne mute pas, il est mort avant de mourir. Que devient-il?
    Le texte ne le dit pas. Peut-être est-il envoyé dans les ténèbres extérieures, là où il ya des pleurs et des grincements de dents (est-ce là le Shéol?). Mais ceux-là qui se dressent au-dessus de la 'Adamah, ceux-là sont "subtilisés". Le verbe "Qoum", se dresser, est aussi ressusciter. Le verbe Mahoh (subtiliser) est lui, de la famille de Moah, la moelle. Osseuse ou épinière, elles sont toutes deux unies dans la même fonction énergétique; elles font partie de ce qu'on trouve dans la tradition chinoise, les "entrailles merveilleuses". "Subtiliser" est donc beaucoup fort qu' "effacer", car s'il y a effacement, il y a aussi passage à un autre niveau d'être, dans le sens d'une séparation entre le subtil et l'épais. Ces êtres ressuscités qui dans le Déluge sont "subtilisés" semblent aller constituer dans l'au-delà, l'épaisseur du tissage écarlate d'une humanité accomplie. Le texte se termine par le sort de ceux qui, avec Noé dans l'arche, loin de périr dans le Déluge (matrice d'eau) rendent compte de leur souffle afin que l'Epée les vivifie et qu'au-delà de l'épreuve de la matrice de feu symbolisée par l'arche, ils poursuivent leur chemin...
    Ce texte hébreu resserre en nous l'exigence d'une juste lecture de la mort. La vérité ("'Emet") est Dieu présent et agissant avec l'homme dans ses mutations. En elles Dieu fait battre le coeur profond de l'humanité. Cependant, combien il est difficile de quitter ce monde pour celui que l'autre monde appelle; quitter l'être cher pour ceux qui restent. Combien les attachements obligent les une et les autres à "s'arracher à sa peau", cette tunique animale tissée de toutes les fibres des amours humaines! Mais interrogeons nous: ne sommes-nous pas des tueurs, souvent les auteurs inconscients de nos meurtres à l'instar de "Quaîn"?
    Les villes que l'homme a construit, les civilisations qu'il édifie, si admirables soient-elles, les systèmes philosophiques érigés en certitude auxquels il oblige, les découvertes scientifiques dont il ne contrôle plus les applications, l'ensemble de ses oeuvres mues par l'orgueil insensé qui préside à son illusion d'être devenu Dieu, tout est source de mort. Il reste les beautés grandioses du travail de l'homme, mais le bilan est lourd: que de disparition brutale d'êtres jeunes, d'enfants! que de tortures et peurs laminant le dos! que d'êtres livrés à la cruauté de l'autre diabolisé! ...Que de souffrances et comme notre monde est douloureux et pourtant comme il est difficile de le quitter!
    C'est un paradoxe absolu que l'affrontement de nos deux natures en chacun de nous: l'Homme animal a si peur de l'autre, l'Homme ontologique présent en lui, dont il a la nostalgie et qu'en même temps il redoute! Qui sait aujourd'hui que dans sa liberté fondamentale, l'Homme a choisi l'éloignement de Dieu et donc l'ignorance, la souffrance et la mort? Sa relation magique au Dieu tout extérieur à lui qu'il s'invente tout-puissant pour le convoquer à l'obligation de l'arracher à son drame, cette relation illusoire est en train de s'effondrer. Mais s'effondre avec elle toute relation et...l'Homme rejette Dieu.







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  • Part 1 - Terre dévorée - Destruction Massive
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    Le mal, la souffrance et la mort
    Partie 2- la souffrance 

     La souffrance est inhumaine.                           
     Elle n'est que du registre de l'exil où l'homme, coupé de de son "Isha et donc de son Dieu, n'est plus un Adam verticalisé, mais un animal à quatre pattes, comme le décrit la Sphinge dans le mythe d'oedipe, figé dans son exil. Captif inconscient de Satan, il oublie les lois ontologiques, les transgresse et accuse le monde entier et Dieu lui-même de ce qu'elles se retournent contre lui. Il oublie l'unité entre les êtres dans le grand 'Adam. Les hommes se vivent alors en rapports de force et s'entretuent. Exploitant l'avoir, ils détruisent l'être. Le corps biologique, informé en chacun de ses organes de sa finalité divine, mais vécu dans un compte à rebours, est la proie des maladies. Cette liste tragique qu'on peut poursuivre, constitue "les plaies d'Egypte". 

    Les dix plaies d'Egypte: l'intreprétation moderne.

    les dix plaies d'Egypte


    Ces dix épreuves expriment l'état intérieur de l'humanité. Elles sont vécues comme telles par les Hébreux, mais sans aucune ouverture de la conscience par les Egyptiens, comme tant d'êtres aujourd'hui, qui vivent épreuves et cataclysmes dans le non-sens et la révolte (Ils disent: s'il y avait un Dieu, ça n'existerait pas).







    La dixième plaie, si cruelle, mais qui s'impose aujourd'hui à notre conscience implique profondément notre responsabilité. En cette dixième plaie, le nombre dix, lié à la lettre yod, nous conduit à la personne du Fils. En cette épreuve, le destructeur, Mashehit, descend en Egypte. Ce nom dérive de Shahot, détruire et exterminer, il est aussi la forme du mot Massiah, le Messie. Parce que l'Egyptien n'a pas mis au monde un Fils intérieur, son fils extérieur meurt. Il n'est pas entré dans une dimension d'homme, confondu avec le monde animal, il détermine la mort des premiers nés des animaux. La loi est inexorable, elle est ontologique. Elle joue dramatiquement aujourdh'hui. Nos enfants meurent de ce que nous ne mettons au monde le Fils Divin que nous portons en germe et qui, abandonné, meurt.
     Mais lorsque l'homme tel l'Hébreu des écritures est entré dans le flux de son accomplissement,alors son fils est épargné. Passer au-dessus, épargner, est le verbe Passoah qui donne Passah, la Pâque. De leur côté les Egyptiens sont sacrifiés; quand le sacré ne se fait pas sur la Autels intérieurs, il se joue au-dehors, là où se dressent les autels des lits d'hôpitaux, des champs de bataille, des lieux d'attentats et des enfers plus tragiques encore...ceux qui meurent là, faisant le sacré, entrent dans une indiscutable sainteté, ouverture, non dans l'horizontalité d'un temps historique, mais dans la verticalité de l'Histoire tissée du fil écarlate. Ce qui ne se construit pas l'épée, tue par l'épée. Tel est le jugement.


    Il y a une grande distinction entre l'épreuve et la souffrance. L'épreuve est ontologique en son origine, elle est le face à face nécessaire de l'homme avec ses troupeaux de l'âme dont la force est parfois terrifiante. La lutte est redoutable. En situation d'exil, elle se joue contre l'Aversaire regardé comme ennemi, et l'énergie est refoulée derrière la grille des interdits dans le meilleur des cas. La souffrance est grande et la lutte épuise, l'adversaire dévore le lutteur dans la plupart des cas. Dans le retournement ontologique, l'homme danse avec l'énergie et, avec le concours de Dieu, il en intègre la force et reçoit l'information.


    Dieu appelle vers une nouvelle lumière celui qui souffre et l'invite à construire un "arbre". Si l'homme l'entend, la souffrance le reconduit à l'épreuve salvatrice; elle est sacralisée et d'elle peut jaillir une force insoupçonnée. Car, faire le sacré, c'est dans la dimension ontologique, faire croître le Fils, donc muter. C'est, de la part de l'homme, rejoindre le tissage que Dieu accomplit à partir de l'information et de la semence qui donnera son fruit, tissage inexorable de l'Histoire du fil écarlate de l'Amour. L'homme a toujours su qu'un Fils devait mourir, mais, incapable d'entendre qu'il s'agissait d'un Fils intérieur, il dressait des autels au-dehors et sacrifiait rituellement des enfants afin d'obtenir la clémence des dieux. Le peuple d'Israêl fut le premier à rompre avec cette funeste tradition après qu'Abraham eut sacrifié un bélier à la place d'Issac où Dieu dit "je hais vos sacrifices".


    Pourtant, le levain est là, le Christ se fait Agneau de Dieu et ressuscite...2000ans après, les autels les plus sauvages se dressent aprtout dans le monde, sans que le monde en déchiffre le sens. La souffrance est là, tragique, Mehouyael, l'oublié de Dieu est bien présent et Metoushoêl, celui qui demande la mort, l'est aussi. Ne plus être, pour tant d'êtres qui n'ont pas commencé d'être, c'est ce cri, cette demande d'être que Dieu entend. Un Lemek, celui qui se retourne, est en train de se lever.
    L'épée descend dans notre Egypte actuelle, la Pâque des nations est proche.





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  • Le 21 décembre 2010
    Le mal, la souffrance et la mort.
    Partie1- le mal

    "Oser appréhender le grand mystère du mal, c'est reconnaître notre désarroi" (Paul Ricoeur).

    Ma lecture de ce chapitre du livre "le baiser de Dieu" de Annick de Souzenelle, est reprise ici, car je médite en cette période de fêtes sur ce qui apporte tant de souffrances à l'humanité, alors que le bonheur devrait être le lot commun des hommes. Je voudrais que ce message, apparemment éloigné de l'esprit festif, se transforme en message d'espérance et d'amour! Je commence aujourd'hui par ce qui est souvent considéré comme un fléau inéluctable. Je voudrais en donner ma vision (et j'espère ne pas trop déformer la pensée de Annick de Souzenelle), en commençant par le mal. La lecture des Ecritures nécessite certainement une connaissance de la tradition qui peut s'acquérir par la réfexion sur les textes ans les rejeter à priori.

    La source du mal est dans le "faire"




    La tradition chrétienne des Pères de l'Eglise est déconcertante. Au douzième siècle, Maxime le Confesseur l'inscrit dans une dichotomie    qu'il identifie à celle du spirituel contre le matériel. Spirituellement, la création visible est l'arbre de la connaissance du Bien, et dans son aspect matériel, c'est celui de la connaissance du mal. Ailleurs, il identifie le corps humain à cet aspect matériel et en fait un élément du mal, mais il ajoute: "le mal est tantôt du bien, tantôt du mal et il en est de même pour le bien". Il semble se contredire quand il affirme que le mal n'a pas d'existence propre et n'en n'aura jamais (il n'est ni..., ni ...).

    Le substantif Hébreu R'a, traduit par "le mal", est l'inaccompli, l'inconscient. Mais s'il est prononcé Réa il est le prochain. En chacun de nous, en l'autre côté de nous, il est l'inconscient, qu'habitent ces différents niveaux du réel, qu'habitent toutes les étoiles, toutes les galaxies, tous les mondes, tous les êtres. Aime ton prochain parce qu'il est toi-même pourrait-on dire
    "La traduction officiellement donnée (dans ce corpus Tob wa-R'a), du bien et du mal, est une grave erreur". En faisant germer L'arbre de la connaissance au coeur du jardin d'Eden, Dieu aurait-il fait germer lemal au milieu de la jouïssance?

    Or tout nous le dit, le théâtre est grandiose, La moindre fleur dans son élégance et l'arabesque unique de sa géométrie, dans le mystère chromatique de sa couleur et de son parfum,dans ses vertus souvent guérissantes et son offrande muette, dont on sait que tout cela ne fait qu'un, la fleur affirme en cette unité une parfaite finalité née des noces secrètes du ciel et de la terre. et cela est vrai en toutes choses jusqu'à la plus somptueuse des étoiles, toutes obéissent à un rythme cosmique, à une pulsion de vie, celle-là même qui court dans les membres de l'homme, qui le fait croître et devrait le conduire au couronnement royal auquel il est promis. La création est grandiose et le mal n'y a pas de place. L'arbre de la connaissance est celui de l'accompli et du non encore accompli du Fils de l'Homme dont le germe fonde le créé. En ce qui est accompli du Nom, l'homme participe de la lumière Divine et pour ce qui n'est pas encore accompli, il est dans les ténèbres.
    Mais les ténèbres ne sont pas le mal. Elles sont faites d'énergies potentielles appellées à donner leur information et à construire l'arbre de la connaissance qu'est l'homme et dont le fruit sera le Nom, participant de YHWH, "je suis".
    La source du mal est dans le "faire". Ce n'est pas dans le créé, le Divin, mais dans le "faire" de son devenir.

     C'est dans le regard non voyant de l'homme, dans son coeur détourné par la coupure d'avec lui-même, rendu sourd à l'information fondatrice contenue dans sa chair.Le mythe de l'exil fait l'objet du chapître 3 de la genèse. Après que l'Adam, différencie de son 'Isha a été instruit du travail qu'il a à accomplir, lui et son 'Isha sont tous deux nus, connaissant du chemin, donc ils peuvent l'accomplir, ils ne sont plus confondus. Il vient de vivre l'extase de cette découverte, une expérience de lumière, et maintenant il est appelé à descendre dans ses ténèbres, dans son inaccompli, trou infiniment profond où il retrouve son 'Isha, celle qui se prépare à devenir son époux. Ces multiples aspects du féminin de tout être humain , jouent en dialectique, car le créé est dualité en deux pôles opposés; les cieux (Shamaîm) représentant la part féminine du créé et la part mâle étant la terre (Erets). Cette dualité s"est aussi exprimée par l' humide (les eaux du Déluge) et le sec (la terre). Les eaux constituent la 'Adamah matricielle où, par étapes s'opère la gestation du Fils.On peut voir ici le duel des "deux Noms" et nous sommes à tenir ensemble dans le Créé les deux termes d'une contradiction qui n'est dépassée que dans l'Incréé. Dans le Créé qu'il fonde, il est l'autre avec les antagonies de la dualité, il est l'épée à double tranchant qui tue et vivifie, mais c'est le même en amont. Le quatrième jour, Dieu dit: "Que soit une rupture dans les Shamaîn pour séparer le jour et la nuit et que les deux (de la rupture)  soient les signes pour les temps (de témoignage), et pour (la lumière) des jours et qu'ils servent de luminaires...". Il y  une confusion entre les mots "rupture" et "luminaire", tous les deux prononcés 'Morot, mais pourtant légèrement différents, ce qui amène le traducteur à ne parler que des "lumanitaires" et à effacer l'acte séparateur de Dieu au niveau des Shamaim. Et Elohim fait des deux de la rupture les grands; le luminaire "le grand" pour présider au jour ,et le luminaire "le petit" pour présider à la nuit, et les étoiles.Cette dualité au coeur du Saint Nom annoncée dans le créé par le mot Shamaîm ne s'effectue et ne prend sens que dans "le faire":  Dieu fait les deux grands de la rupture.

    Le Satan adversaire.

    L'un des Séraphins est le Satan, intimement lié au tranchant de l'épée, ontologiquement destructeur. Par contre, le tranchant lié à la Lumière introduit l'homme à sa marche vers l'Unité. Le tranchant "ténèbres" pénètre le multiple en lequel YHWH se donne en serviteur et ce serviteur est le Satan, ce qui signifie l'Adversaire. Il n'est pas l'Ennemi, sa fonction ontologique est de de se tenir sur l'autre versant de l'homme, l'Adam, et de lui présenter les énergies encore inaccomplies par lui et lui demander de les reconnaître, les nommer, les travailler et en libérer leur information-lumière. Il est appelé à jouer avec la Saint Nom en son tranchant nocturne dans une intelligence commune quant à la part divino-humaine, voire une complicité  comme le livre de Job le laisse entendre.





                                                         Le Satan Ennemi.

    Mais il semble que le Satan n'exerce pas de façon juste la tâche qui lui revient. De même que la lune n'éclaire nos nuits que de la lumière qu'elle reçoit du soleil, de même le Séraphin ne rayonne que de la splendeur du Saint Nom. Il reçoit de Lui les ordres et les limites dans lesquels ils doivent être exécutés eu égard aux lois ontologiques dont il prend connaissance. Cest pourquoi le mot 'Arom, traduit par nu, lorsqu'il qualifie l'Adam et par rusé lorsqu'il qualifie le Satan-Serpent, signifie essentiellement "la connaissance du chemin de l'Adam et le savoir-faire pour l'accomplir" que partagent l'Adam et le Satan.
    Comme dans les arts martiaux, les adversaires s'affrontent sans être ennemis, et tout se joue selon selon une stratégie de déstabilisation réciproque pour faire jaillir de chacun une force et une connaissance insoupçonnées de lui. Le jeu entre l'homme et le Satan exige de leur rapport une grande justesse et une extrême vigilance. Chacun, dans cette dynamique doit y avoir sa juste place. Cette juste place, que nous pouvons appeler le Bien exprime une justesse d'orde ontologique infiniment supérieure au bien du registre moral.
    A ce niveau du "faire" ontologique, on peut introduire aussi la notion de mal dans la perspective d'une brisure de cette justesse, dont le mal tel que nous le connaissons serait la conséquence?). Ici je trouve encore la notion de brisure de symétrie et je suis ramené à la physique avec la brisure de symétrie qui a amené aux 4 forces fondamentales de l'univers.
    Ainsi, sur le chemin de vie que rythment les mutations de l'homme, les trois personnes sont en présence: Le Saint Nom et Satan d'une part, et d'autre part l'homme. Tout porte à croire que le Satan est saisi d'une jalousie tragique envers YHWH, il veut briller de sa propre lumière et ruse de tout son savoir-faire afin de devenir le maître. Ainsi Satan s'adresse à 'Isha, cette part nocturne, inconsciente, la plus fragile de l'être que l'Adam devait garder et cultiver. Éblouie, 'Isha s'extasie. Le fruit est bon à manger (désir de jouissance), désirable pour la vue, (désir de possession) et précieux pour réussir (désir de puissance). Alors l'Adam se nourrit d'une illusoire divinité (c'est à dire l'envers d'une eucharistie). Il se croît totalement accompli et n'a plus de regard pour son inaccompli ("Isha), je suis YHWH pense t-il.
    L'homme qui mange le fruit de l'arbre de la connaissance avant de l'être devenue par la voie de ses mutations mute en régression, comme Dieu l'avait prévenu.
              La ruse de Dieu.

      Le mal prend racine dans le "faire" et non dans le créé a-on dit. D'abord dans la part divine du faire en la personne de Satan jaloux de Dieu, puis de l'homme; la chute des mondes angéliques aurait précédé celle de l'homme, dit la Tradition qui insiste sur la liberté redoutable de ce tout ce qui a vie. Ensuite dans la part humaine du "faire" en la personne de l'Adam, ébloui à son tour par le fruit que lui tend son 'Isha, sa part féminine. Il oublie la garde qu'il devait exercer envers son épouse (En effet, nous ne regardons pas notre inconscient); il raye d'un coup la mémoire des lois qui devaient présider au chemin de conquête du fruit (légereté, paresse, séduction). La liberté de ces êtres étant absolue, les conséquenses sont là, tragiques. Mais, les aimant et leur pardonnant, Dieu leur expose le possible recouvrement ontologique, mais il est impuissant à en changer le cours tant que le retournement ne vient pas d'eux, et d'abord de l'Adam, dernier acteur décisif de l'effondrement et tout premier reconstructeur possible de l'édifice ontologique.
    Il est impuissant, mais plus rusé que le ruseur et pusque c'est à l'homme de reconstruire, Dieu se fait homme afin que l'homme puisse retrouver son souvenir Divin. Il s'incarne en l'Adam afin de rencontrer le Satan au cours des mutations, et le vaincre. 
    En fait; les deux ruses coexistent. Celle de Satan inaugure les temps historiques de l'exil, et celle de Dieu est du registre de l'éternité, elle habite tous les instants
    de notre histoire dès le commencement de l'exil, même si historiquement, la rencontre YHWH-Satan se joue au cours des temps.
           

      Le retournement.
    La conversion de Saint Paul
    Le mot Teshoubah, traduit par pénitence, est plus qu'un regret. C'est une mutation telle que, l'oeil ontologiquement ouvert, l'homme voit avec une conscience neuve.   Il ne sera pas compris par ceux qui restent en exil. Jugé et rejeté par ceux qu'il déstabilise, l'homme qui se "retourne" est seul. Il est seul d'une solitude insupportable s'il n'est pas solidement ancré en son propre et vrai soleil, son Nom secret, désormais vivant, car "Bar Abbas", le fils du Père est libéré. L'éthique de cet état ne peut plus référer aux valeurs de bien-mal, permis-défendu. Elle est fondée sur l'être, lancé dans la dynamique de l'image à la ressemblance, sur l'obéissance au Dieu secret de l'être, obeissance qui ne fait qu'un avec la liberté de la personne. Retourné vers lui-même, l'homme se voit inaccompli et descend vers ses cieux intérieurs (Shamaim). En ce mouvement, il est la véritable humilité qui conduit l'être à fuir le réactionnel, à se responsabiliser et à assumer la matrice de feu. Il puise sa force dans la qualité d'amour qui grandit au fur et à mesure de ses mutations, amour pour son Dieu, inséparable de celui qui le lie à son prochain. Le monde de l'exil enseigne le respect des droits de l'homme, ce qui sous entend les devoirs de chacun envers l'autre, mais le paradigme fondamental de l'ontologique est l'amour. L'homme est vanité lorsqu'il n'a pas recouvré le jardin d'Eden
    "Toi, dit le Christ, tu as fait ton devoir, tu es un serviteur inutile".

    "Oser appréhender le grand mystère du mal, c'est reconnaître notre désarroi"   (Paul Ricoeur).
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